Un agent de police se tenait droit devant la demeure des ABOUGHE, silhouette rigide découpée par les gyrophares encore allumés.
La nuit était épaisse, presque collante.
— « Central, ici 7-ADEN-30. Aucun bruit, aucun signe d'activité à l'intérieur de la maison. »
Sa voix était neutre, fatiguée. Une voix d'homme qui comptait les heures supplémentaires comme on compte les battements d'un cœur trop fragile — pour payer les soins d'une fille qu'il ne voyait presque plus éveillée.
La réponse grésilla dans son oreillette.
— « Reçu, 7-ADEN-30. Nous avons reçu un appel anonyme signalant une prise d'otage à cette adresse. Procédez avec prudence. »
Un second agent descendit du véhicule, ajustant machinalement sa ceinture.
— « Franchement… il n'y a rien ici. Encore une blague téléphonique. Un gosse qui s'ennuie. »
— « Peut-être… » répondit le premier, sans conviction.
Il allait se détourner quand son regard accrocha un détail.
Infime.
Mais suffisant.
Une fenêtre.
Légèrement ouverte.
Oui.
Celle-là même que Virginie avait entrouverte quelques heures plus tôt.
Les nacos n'avaient pas été baissés.
Et là… laissez-moi vous corriger.
Vous pensiez que c'était elle qui racontait cette histoire, n'est-ce pas ?
Non.
Mes amis… c'est moi.
Les faisceaux blancs des lampes torches glissèrent à l'intérieur de la maison, découpant les murs, les meubles, les ombres.
L'un des agents souffla :
— « C'est probablement une fausse alerte. »
Je ne sais pas pourquoi, mais à cet instant précis, j'avais l'impression d'être le spectateur de ma propre existence.
Comme si ma vie se déroulait sans moi.
J'aurais pu changer les choses.
Mais comment change-t-on…
quand on ne comprend même pas ce que sont l'amour, la morale, le remords ?
Comment parler de transformation quand on ne connaît qu'une seule manière d'exister ?
Le silence de la nuit ne m'a jamais effrayé.
Au contraire.
Alors j'ai fait du bruit.
Un bruit sec.
Brutal.
J'ai frappé le sol de toutes mes forces.
Le plancher a gémi.
Les policiers se retournèrent aussitôt, mains plaquées sur leurs revolvers.
— « GRÉY, ARRÊTE ! Qu'est-ce que tu fais ?! »
La voix de Virginie était basse, étranglée, suppliant le silence tout en parlant.
Les agents s'approchèrent précipitamment de la maison.
— « Police ! Y a quelqu'un à l'intérieur ?! »
Le cœur de Virginie battait à rompre sa poitrine.
Moi, j'ai bizarrement heureux ! Ce spectacle était fascinant. Je me retrouvais dans une situation que j'aimais. La peur, celle que l'on ressent et que l'on considère comme un problème. Je revoyait le sang et le plaisir que j'avais quand j'egorgais .
Dans un geste paniqué, presque animal, Virginie saisit une barre de fer abandonnée contre le mur — lourde, froide, réelle.
Ses mains tremblaient.
— « Tais-toi… tais-toi… » murmura-t-elle, les larmes aux yeux.
Puis elle frappa.
Un coup brutal sur mon crâne.
Pas assez fort pour me tuer.
Juste assez pour m'étourdir.
La douleur explosa derrière mes yeux.
Le monde vacilla.
Mais je souris intérieurement. La douleur était excitante , elle m'avait frappé mais j'ai rit . Avec le bâillon, oui personne ne comprenais ou devrais-je dire n'écoutaient mais, oui . Je voulais encore qu'elle me frappe. Et peut-être même plus fort cette fois si .
Les policiers, désormais certains, activèrent leurs radios.
— « Central, ici 7-ADEN-30. Bruit confirmé à l'intérieur. Nous entrons. »
— « Reçu. Procédez. Soyez prudents. »
La porte fut forcée mais sans faire de bruit. Elle s'ouvrit lentement et le temps semblait se taire pour laisser un moment en boucle.
Dans la cave le cœur de Virginie battait au son de cette porte. Tout était contre elle, des policiers allait rentrer dans la maison pour la trouve avec son fils bâillonné, attaché et blessé. Surtout pour une femme dont le mari venait d'être tué et que l'on cherchait encore le tueur. Sans oublier qu'elle avait disparu sans que l'on sache pourquoi.
La maison s'ouvrit sur un chaos silencieux :
meubles déplacés, tiroirs ouverts, objets renversés, traces de lutte à peine dissimulées.
— « Putain… » souffla l'un d'eux.
— « Quelqu'un a clairement fouillé ici. »
Ils avancèrent lentement, lampes braquées, scrutant chaque recoin, chaque ombre.
Ils cherchaient l'origine du bruit qu'ils avaient entendu.
Ils cherchaient une victime.
Ils cherchaient un coupable.
Ils ne savaient pas encore…
qu'il était déjà là.
Attaché.
Bâillonné.
Et parfaitement conscient.
Mais les preuves ramènait a ma mère, la pauvre.
— " Virginie je viendrai te voir en prison. " Ai-je pensé la tête saignante.
