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Chapter 2 - Chapitre 1 Neige dorée

NEPHILIMTALE

Chapitre 1 — Neige dorée

La montagne Ebott n'avait pas changé.

Elle se dressait toujours au-dessus du monde comme une vieille cicatrice que la nature avait décidé d'accepter — imposante, silencieuse, indifférente aux petites tragédies humaines qui se jouaient à ses pieds. Les arbres qui la couronnaient balançaient doucement sous un vent tiède. L'herbe autour de l'entrée de la grotte était haute, sauvage, parsemée de fleurs violettes qui poussaient là où personne ne pensait à les planter.

Personne ne venait plus ici par accident.

Sauf lui.

North tomba.

Pas métaphoriquement. Pas poétiquement. Il tomba vraiment — les pieds dans le vide, le souffle coupé, les mains qui cherchaient quelque chose à attraper et ne trouvèrent que de l'air — et le sol de la montagne Ebott disparut au-dessus de lui comme un mauvais rêve qu'on oublie trop vite.

Il ne cria pas.

Par orgueil, probablement. Ou parce que quelque chose dans sa poitrine — quelque chose qu'il n'aurait pas su nommer — lui souffla que ce n'était pas une chute ordinaire. Que ce vide n'était pas un accident.

Il atterrit dans les fleurs.

Un lit de leurs jaunes, douces, absurdes dans leur délicatesse, qui amortirent sa chute avec une gentillesse qu'il n'avait pas méritée et qu'il n'avait certainement pas demandée. Il resta immobile une seconde, deux, les yeux fixés sur la roche au-dessus de lui, les poumons en feu, les pensées éparpillées comme du verre brisé.

Puis il se redressa.

Passa une main dans ses cheveux blond doré — geste mécanique, presque réflexe, le genre qu'on fait quand on veut se rappeler qu'on est encore soi-même. Regarda autour de lui. Des couloirs de pierre. Une lumière douce et dorée qui venait de nulle part et de partout à la fois. Le silence d'un endroit qui respirait.

— Où est-ce que je suis tombé.

Ce n'était pas vraiment une question. C'était le constat d'un garçon qui refusait de paraître désorienté même quand il l'était complètement.

Il entendit la voix avant de voir qui elle appartenait.

Chaude. Profonde. Le genre de voix qui vous enveloppe sans vous étouffer — celle d'une femme qui avait appris à parler doucement parce qu'elle savait ce que font les mots quand on les lance trop fort sur quelqu'un de fragile.

— Tu dois avoir faim, mon enfant.

North se retourna.

Toriel se tenait dans l'encadrement d'un couloir, les mains croisées devant elle, sa robe violette impeccable malgré la poussière de la grotte. Grande. Imposante dans sa douceur. Des yeux d'un rouge profond qui regardaient North avec une expression qu'il reconnut immédiatement et qui lui déplut aussitôt.

De la bienveillance.

Inconditionnelle. Sans raison. Le genre de regard qu'on pose sur quelqu'un avant même de savoir qui il est.

North détesta ça.

— Je n'ai pas besoin de nourriture, dit-il. Ses épaules se redressèrent d'elles-mêmes, le menton légèrement levé. Et je ne suis pas un enfant.

Toriel inclina la tête. Pas offensée. Pas déstabilisée. Elle avait l'air... amusée, presque, avec cette pointe de tristesse que les gens vraiment patients portent toujours quelque part dans le coin des yeux.

— Non, dit-elle simplement. Tu n'en es peut-être pas un. Mais tu viens de tomber du ciel, et tu es debout dans la salle des fleurs. Dans mon expérience, cela mérite au moins une tasse de thé.

North ouvrit la bouche. La referma.

Il ne trouva rien à répondre à ça.

Elle l'emmena dans les Ruines sans lui demander s'il voulait suivre — elle avait simplement tourné les talons et marché, avec la certitude tranquille de quelqu'un qui sait que l'autre va venir. North la suivit. Pas parce qu'il le voulait. Parce qu'il n'avait aucune idée de l'endroit où il était et que son orgueil, aussi massif soit-il, n'était pas assez grand pour lui faire traverser seul un couloir dont il ignorait tout.

Les Ruines étaient étranges.

Pas menaçantes — étranges. Comme un château de conte de fées que le temps avait décidé d'attendrir plutôt que de détruire. Les murs portaient des symboles que North ne reconnaissait pas. Des pièges anciens, désactivés, dont Toriel s'approchait parfois pour vérifier d'un geste distrait qu'ils ne risquaient rien.

— Où sommes-nous ? demanda North. Sa voix était neutre. Calculée. Celle qu'il utilisait quand il voulait paraître indifférent à la réponse.

— Sous la montagne Ebott, dit Toriel. Dans ce que les monstres appelaient autrefois leur foyer. Elle marqua une pause. Tu n'es pas d'ici.

— Observateur, dit North.

— C'est mon rôle, répondit-elle sans se retourner, et cette fois il y avait un sourire dans sa voix. J'ai accueilli beaucoup d'enfants humains dans ces couloirs. Chacun avait quelque chose de différent dans les yeux. Toi...

Elle s'arrêta. Se retourna pour le regarder vraiment — pas poliment, pas distraitement, mais vraiment, avec cette attention totale qui mettait North immédiatement sur ses gardes.

— Toi, tu portes quelque chose de lourd. Et tu fais tout pour que ça ne se voie pas.

Le silence qui suivit fut bref. North le brisa avec une légèreté parfaitement construite.

— Tu te trompes.

Toriel sourit.

Elle ne dit pas qu'elle ne se trompait pas. Elle n'en avait pas besoin.

La maison de Toriel était petite, chaleureuse, décorée avec le soin méticuleux de quelqu'un qui avait appris à faire de l'espace un refuge. Des livres partout. Une cheminée. L'odeur de tarte aux patates douces et à la cannelle qui flottait depuis la cuisine comme une invitation permanente.

North s'assit à table sans qu'on le lui demande — il ne voulait pas attendre qu'on lui propose, ça aurait eu l'air d'avoir besoin d'une permission — et posa les coudes sur le bois, les yeux qui parcouraient la pièce avec l'attention discrète d'un garçon qui cataloguait les sorties de secours.

C'est là qu'il les sentit.

Deux présences. Légères. Humaines — ou presque. Quelque chose de familier dans leur texture, comme s'il connaissait ce type d'énergie sans pouvoir mettre un nom dessus.

Il tourna la tête vers l'escalier.

Deux silhouettes se tenaient là.

Frisk — petit, les cheveux bruns et le regard marron chaud comme de la terre après la pluie — observait North avec cette expression ouverte et calme qu'ont les gens qui décident de faire confiance avant d'avoir une raison de ne pas le faire. Frisk ne parlait pas souvent. Mais ses yeux, eux, ne s'arrêtaient jamais.

Et derrière Frisk — ou plutôt à travers Frisk, présence fantomatique qui se matérialisait et se dissolvait selon des règles que North ne comprenait pas encore — Chara.

Cheveux châtains. Yeux rouge sombre. Un sourire qui n'était pas tout à fait un sourire — une courbe des lèvres qui pouvait signifier dix choses différentes selon l'angle et la lumière. Chara regardait North avec une intensité tranquille, la tête légèrement inclinée, comme un scientifique qui vient de trouver un spécimen inhabituel dans son jardin.

Curieux.

Mais méfiant.

North soutint ce regard sans ciller. Il était habitué à ce que les gens l'examinent. Il avait construit toute sa vie une façade pour résister à exactement ce type de regard.

Mais Chara...

Chara regardait en dessous.

— Intéressant, dit Chara. Pas à voix haute — ou peut-être que si, la frontière était floue avec eux. Tu sauvegardes. Je l'ai senti depuis l'étage.

Frisk toucha doucement le bras de Chara. Un geste léger, une mise en garde douce.

Chara leva les yeux au ciel mais recula d'un demi-pas.

North ne dit rien. Mais quelque chose dans sa poitrine se réveilla — cette chose qu'il n'avait pas de nom pour appeler, cette compétence qui n'était pas un talent mais une nature. Il sentit le monde autour de lui avec une netteté nouvelle, les fils invisibles de ce qui était et de ce qui pourrait être, la sensation étrange et enivrante d'un endroit qu'il commençait déjà à apprendre.

Sauvegarde.

Le mot résonna quelque part au fond de lui comme un écho qu'on n'avait pas envoyé.

Dehors — loin, si loin que même Toriel ne pouvait pas le sentir — quelque chose bougea.

Pas dans ce monde.

Dans un autre.

Un monde où les couloirs étaient vides et les noms sur les murs avaient été rayés un par un. Un monde où il ne restait plus rien à brûler parce que tout avait déjà brûlé.

Tanar ouvrit les yeux.

Et sourit.

À suivre — Chapitre 2 : Ce qui reste des cendres

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